Meriem Bouderbala
Inviolable image

Avril 2013 I Septembre 2013
La Boîte I Un lieu d’art contemporain

Des images de femmes entre le mort et le vivant, comme engendrées par le vide.

Comment affronter la représentation ? Comment approcher le mystère que par nature elle dérobe au regard.

Entre l’art de l’Orient et l’art contemporain, deux directions que je tente de conjoindre. D’un côté, la géométrie oppose son récit codifié à l’interdit de la représentation du corps. De l’autre, l’art occidental contemporain répond par la présentation sans arrière-plan à l’académisme des représentations. Mon parcours est une tentative d’échapper à une alternative que je réfute. Je veux retrouver ce point où la figure humaine est à la fois de chair et de signes. Je fais de mon corps, de son exposition photographique altérée, bouleversée, une scène, un praticable éphémère pour une tragédie sans origine et qui n’a pas de fin.
Texte de Meriem Bouderbala.

 

« L’approche de Meriem Bouderbala, autre, plus ambivalente, diverge de celle de Filali. Bouderbala, notamment, est l’auteur de nombreux autoportraits, souvent réalisés avec l’appareillage numérique, une façon pour cette artiste prodige de faire muter l’apparence de son corps et, partant, sa signification. L’option de l’exposition « Inviolable Image » qu’elle propose à La Boîte est la suivante : « Des images de femmes
entre le mort et le vivant, comme engendrées par le vide », dit-elle, en ayant soin d’ajouter à sa présentation cette question princeps, avec  laquelle on n’en aura sans doute jamais fini : « Comment affronter la représentation ? Comment approcher le mystère que par nature elle dérobe au regard. Entre l’art de l’Orient et l’art contemporain, deux
directions que je tente de conjoindre. D’un côté, la géométrie oppose son récit codifié à l’interdit de la représentation du corps. De l’autre, l’art occidental contemporain répond par la présentation sans arrière-plan à l’académisme des représentations. Mon parcours est une tentative d’échapper à une alternative que je réfute. Je veux retrouver ce point où la figure humaine est à la fois de chair et de signes. Je fais de mon corps, de son exposition photographique altérée, bouleversée, une scène, un praticable éphémère pour une tragédie sans origine et qui n’a pas de fin. » Comment mieux dire, comme l’entend Meriem Bouderbala, ce désarroi fondamental, une fois nos corps pris dans les rets de cultures multiples qui toutes nous appellent, nous aspirent – le désarroi que représente l’incertitude ? Désarroi de l’incertitude que l’artiste, avec ses créations-caméléon, s’essaie du moins à surmonter, à sublimer. Dissolution : je veux me dissoudre, disparaître, m’atomiser, être un
corps-particules ; Karakouz : je veux être un personnage de théâtre, la Madama ou Nina de ce théâtre guignolesque qu’est le karakouz, une
bourgeoise de haute classe ou une petite effrontée légère ; Psichedelyk : je veux être couleurs, formes libres, éclatées, joyeuses… Ces portraits de femme où reconnaître l’artiste en personne, sur papier ou tissu, montrent un trafic, une constante redistribution des formes, avec ce résultat, le corps se dissémine, son apparence exacte échappe, il est
plusieurs. Prenez et regardez, spectateurs, nous dit Meriem Bouderbala, ceci est mon corps et ce corps est insaisissable, il me glisse entre les doigts et les sens. La femme, moi-femme, un être Janus, apte à changer de forme, de destin, voire de genre, selon l’humeur, selon l’ambiance, selon l’heure. »

Paul Ardenne

 

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