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My house is a Le Corbusier [Villa Baizeau]
Cristian Chironi
03 Avril 2026 I 17 Juin 2026
La Boîte I Centre d’Art & d’Architecture
La Boîte – Centre d’Art & d’Architecture, l’Institut Culturel Italien de Tunis, l’Ambassade d’Italie et l’Agence Suisse pour le Développement et la Coopération (SDC) présentent le VIIe chapitre du projet internatio nal de l’artiste italien Cristian Chironi, consacré au thème de l’habitat.
My house is a Le Corbusier [Villa Baizeau] s’est développé à Tunis au cours de plus de deux mois de résidence à La Boîte – Centre d’Art & d’Architecture, dans la Médina. Le choix de la Médina comme lieu de vie temporaire permet à l’artiste de se confronter à la culture locale et aux urgences contemporaines de l’habitat, transformant la ville en labora toire perceptif et narratif.
Le chapitre tunisien du projet de Chironi s’est articulé comme un système d’interventions interdisciplinaires :
La résidence dans la Médina comme espace de vie temporaire et de confrontation avec la culture locale et les urgences de l’habitat contemporain ; les performances Carthage Drive de traversée urbaine ; la production de matériaux visuels et textuels ; l’approfondissement théorique Villa Baizeau : une architecture à raconter lors d’une rencontre publique à l’École Nationale d’Architecture & d’Urbanisme (ENAU). L’exposition constitue l’avant-dernier jalon de ce processus, qui se conclura par la publication d’un livre recueillant et restituant l’expérience.
La singularité de l’étape tunisienne réside dans l’impossibilité d’habiter la Villa Baizeau – le seul bâtiment de Le Corbusier en Tunisie, construit entre 1928 et 1930 sur la colline Sainte Monique à Carthage – situé à l’intérieur du parc présidentiel : l’habitat se transforme ainsi en expérience mentale, seuil et distance.
Chironi utilise ces architectures comme points d’observation sur le monde, les reliant à un fil narratif personnel et culturel et interprétant Le Corbusier non comme un dogme, mais comme un espace vivant. L’expérience de l’habitation devient alors un langage artistique.
L’inspiration provient d’un épisode biographique mêlant mémoire privée et histoire de l’architecture. Dans la seconde moitié des années 1960, Costantino Nivola confie à la famille de son frère à Orani, ville natale de Nivola et de Chironi, un projet de Le Corbusier, les invitant à construire leur maison en suivant scrupuleusement le dessin du Maître. Le projet est mis de côté car, selon eux, « il n’avait ni portes ni fenêtres et ressem blait davantage à une cabane ». Nivola le reprend avec lui, et son destin reste inconnu.
À partir de cet épisode, Chironi explore les processus contemporains de communication, d’interprétation et de transmission culturelle. À une époque marquée par la précarité économique et les transformations de l’habitat, l’artiste choisit symboliquement d’échanger la stabilité contre la liberté d’habiter temporairement les architectures de Le Corbusier dans le monde.
Le choix de la Fiat 127 dialogue également avec une anecdote familiale liée à Costantino Nivola. Au début des années 1980, Nivola demande à son neveu Daniele Nivola de récupérer depuis son atelier-maison en Toscane certains effets personnels, parmi lesquels précisément une Fiat 127. Inconscient de la valeur de ce chargement, Daniele se rend à Orani en entassant dans la voiture des sculptures et des croquis de Nivola et d’autres artistes importants : un transport inconscient du patrimoine, physique et culturel. Chironi réactive aujourd’hui ce geste comme un passage de témoin et comme une provocation à devenir « résidents du monde», transformant un épisode privé en matrice narrative traversant le projet.
Dans ce parcours, la Villa Baizeau représente l’une des étapes les plus significatives. Construite en 1930 pour l’industriel Lucien Baizeau, la villa constitue l’une des premières expérimentations d’adaptation au climat méditerranéen par des volumes suspendus favorisant l’ombre et la ventilation naturelle. Baizeau l’imaginait comme un produit industriel éventuellement reproductible ; dans le paysage, la villa s’impose comme une présence radicale, assumant les traits d’une architecture presque anti-coloniale.
Dans le chapitre tunisien, la Villa Baizeau devient une métaphore de la limite. Située dans le parc du palais présidentiel, elle introduit une condi tion qui interroge radicalement le projet : habiter se décline comme expérience mentale et perceptive, tandis que la ville – avec la Médina comme centre palpitant – se configure en laboratoire narratif.
Cristian Chironi considère l’habitation comme un dispositif critique : renonçant à la propriété en période d’instabilité économique, il choisit les maisons de Le Corbusier comme observatoires privilégiés à partir desquels interroger, dans les différents contextes culturels, l’héritage moderniste et l’état actuel de la « maison de l’homme ».