DESSINE-MOI LE MONDE DE MÉMOIRE

Moufida Fedhila

Octobre 2021

Agora djerba​

Dans « Draw Me the World from Memory (2008-2013), Fedhila exhibe la modélisation de glissements et décrochages de continents, à travers des propositions d’espaces ouverts et délestés, là où les puissances occidentales semblent inversement se refermer sur elles- mêmes, comme en boucle, comme en île… Mues par la poussée de ces utopiques plaques tectoniques, ces cartes se présentent en croquis souples et déliés, suggérant la dérive d’un monde global que trahissent une surdité et une colossale « insularité ». Notion qui ouvre à une conscience accrue d’hétérotopies négatives, essaimant dans un monde de puissances, certes démocratiques mais aux géométries variables antinomiques aux grandes utopies humaines (3).. En revanche, ces inventives cartographies, rétives à toute astreinte newtonienne, renvoient bien à la métaphore d’un nomos grec, entendu comme « espace sans limite ». (4)

Michèle Cohen-Hadria
Extrait de « Moufida Fedhila, Tectonique des Utopies », Paris, 2015

3.⁠ ⁠Foucault, « Surveiller et punir – Naissance de la prison », Ed. Gallimard, Paris, 1975, p. 228-264 4. Gilles Deleuze et Félix Guattari, « Mille plateaux – Capitalisme et Schizophrénie 2 », Ed. de Minuit, Paris,1980, p. 600. Chapitre 14 – 1440, Le lisse et le strié.

Biographie