Diquadilà
Ahmed Ben Nessib, Omar Cheikh & Stefano Ricci
Curating Salma Kossemtini

07 Septembre 2026 15 Décembre 2026
La Boîte Art & Architecture

Diquadilà ﻣﻧﮭﻧﺎﻣﻧﻐﺎدي. De ce côté-ci, de ce côté-là. Le titre matérialise le va-et-vient d’une rive à l’autre et le lieu d’où l’on parle. Un projet qui a d’abord existé à Modène, en Italie, avant de prendre forme à Tunis, en gardant à chaque étape la trace de l’autre rive.

Diquadilà est né d’une conversation entre trois artistes, Ahmed Ben Nessib, Stefano Ricci et Omar Cheikh, et de leurs positions respectives. L’un est immigré, l’autre l’a été, le troisième est né en exil, aucun ne vit là où il est né et aucun ne prévoit d’y retourner. Cette réflexion à trois a commencé en 2022 ; elle a pris acte en 2023 à Modène, dans le cadre du festival Periferico, avec le commissariat du Collettivo Amigdala, sous la forme d’une performance, de dessins, de sons et d’un repas partagé avec le public. Elle se concrétise trois ans plus tard à Tunis, sur le lieu du départ, dans un climat politique tendu où la question n’a rien perdu de son urgence. En Italie, le pays de l’arrivée, Diquadilà avait pris la forme d’un appel à se rassembler, intervenir et prendre part. En Tunisie, la tragédie est sous les yeux de tout le monde.

Entre 2023 et 2026, le cadre s’est durci. Le 16 juillet 2023, l’Union européenne et la Tunisie signent un mémorandum d’entente assorti de plusieurs centaines de millions d’euros, dont une part explicitement destinée au contrôle des côtes et à la lutte contre les départs. La même année, la Tunisie devient la première route de départ vers l’Italie, devant la Libye. L’Europe déplace ses frontières vers le sud et confie à d’autres le soin de les tenir. La mer cesse d’être un passage pour devenir une zone de surveillance, et la question de la souveraineté reste entière. La frontière n’est plus une ligne, c’est une étendue qui avale, en mer, dans le désert et dans les centres de rétention. Ceux qui partent, ceux qui sont prêts à partir, ceux qui sont renvoyés et ceux dont on perd la trace; ils disparaissent des récits comme ils disparaissent des cartes. Diquadilà tient cette question à l’échelle d’une voix, d’une main, d’un visage, et refuse que les départs, les déplacements et les disparitions se réduisent à des chiffres.

Pour le deuxième acte, à Tunis, la résidence s’est construite sous plusieurs volets. Avec Habiba Saidani, maître artisane de Sejnane, les artistes ont passé quelques journées à apprendre, à modeler et cuire la terre selon un savoir transmis de mère en fille, une technique ancestrale dont la précision, les conditions de sa création et la lenteur imposent leurs propres rythmes. De ce travail sont nées les marionnettes. Ces personnages ne sont pas inventés. Ils proviennent de témoignages recueillis auprès de personnes ayant migré de la Tunisie vers l’Italie, des années 1970 jusqu’à aujourd’hui, de générations et de conditions différentes. Chaque figure incarne une position, celui qui part, celui qui reste, celui qui attend, celui dont on n’a plus de nouvelles.

Le choix de la marionnette à gaine n’est pas anodin. Il vient du théâtre de rues, celui des foires et des places. C’est un art populaire de la main et de la voix, fait pour parler au plus grand nombre et pour se positionner. Les marionnettes de Diquadilà prennent chair dans La restitution de cette résidence prend la forme d’une exposition composite qui relie les deux actes, les dessins sur bois réalisés à Modène, une performance et un documentaire d’Achref Bettaieb qui suit la genèse des marionnettes à Sejnane ainsi que les moments vécus à Tunis. Diquadilà ouvre là un questionnement, recueille un témoignage et prête une voix, de ce côté-ci, à qui veut l’entendre.

Salma Kossemtini, Tunis, le 30 août 2026

 

Biographie de Ahmed Ben Nessib
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