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Skander Khlif
«Iso 001»
Mars I Septembre 2018
La Boîte Hors les Murs
« Je m’étais toujours demandé à quoi ressemble la vie de tous les jours d’un employé, en Tunisie. Moi qui suis né et ai grandi dans ce pays mais qui vis depuis une quinzaine d’années en Allemagne, je considère ma terre natale comme un volcan d’énigmes et d’émotions foisonnant dans un climat extrêmement changeant. Comme beaucoup d’autres tunisiens vivants à l’étranger je percevais la Tunisie comme un paradis pour vivre mais comme un enfer pour travailler. Lorsque Patricia Triki et Fatma Kilani m’ont fait part de ce projet artistique qui repose sur l’humain dans l’entreprise, je me suis tout de suite enthousiasmé.
Vivre le temps de quelques jours dans cet environnement qui m’est proche et méconnu à la fois pour partager le quotidien des salariés du groupe Kilani et tirer leur portrait était pour moi une opportunité à saisir. L’entreprise serait souvent synonyme de rationalité et d’apathie alors que derrière cette façade se trouvent toujours des individus pleins d’émotions. Connaissant le tempérament des tunisiens il m’intéressait de capter cet aspect contradictoire.
J’ai photographié ces hommes et ces femmes simplement avec beaucoup de spontanéité. Tantôt je prenais du recul en intégrant leur environnement, tantôt je me rapprochais pour interagir avec mes sujets et capter leurs émotions. Ma désillusion était belle et bien totale car j’ai retrouvé cette légèreté de vivre, cette sincérité et cette bonté propre aux tunisiens mais aussi un sérieux et un professionnalisme exemplaire. J’ai vu des gens heureux d’avoir un travail qu’ils aiment.
J’ai ressenti du respect. J’ai aperçu des amitiés et j’ai même entendu des fous rires. A part les quelque «…reviens demain je serais maquillée…» il n’y avait quasiment aucune réticence, ni par rapport à cet étranger qui débarque chez eux de plain-pied ni par rapport à l’intimidation de son objectif.
Sans parler de l’emballement visible sur les visages des uns et autres en apprenant qu’un projet artistique les concernant est entrain de voir le jour. Cette expérience était pour moi un pur moment de bonheur et d’échanges souvent silencieux qui a remis en cause beaucoup d’a priori.
Skander Khlif, 2018